Femme excisée demande réparation...

Femme excisée demande réparation...
L'excision, tradition africaine millénaire mais acte dramatique, prive la femme de son identité profonde. Cette mutilation se pratique aussi en France, de manière complètement illégale. Il y a 25 ans, un homme, Pierre Foldès, chirurgien urologue, a décidé de réparer les clitoris des femmes mutilées. Il raconte son engagement avant tout humain. Un combat au quotidien. Pour les femmes.

Comment définir l'excision ?Pierre Foldès : « L'excision fait partie des mutilations génitales féminines. Elle consiste en l'ablation d'une partie plus ou moins importante du clitoris. Il existe trois types d'excision. L'excision dite simple supprime le capuchon qui recouvre le clitoris. L'excision dite complète a lieu à l'intérieur et supprime une partie du clitoris et les petites lèvres. Enfin, l'infibulation. Elle supprime les mêmes éléments que la seconde mais les grandes lèvres sont aussi cousues ensemble pour ne laisser qu'un espace aux règles et aux urines.»Pourquoi réaliser un tel acte ?Pierre Foldès : « Il y a de multiples raisons en Afrique : pureté, passage à l'âge adulte, différenciation homme femme… Mais toutes ces raisons sont des prétextes pour justifier cette mutilation. En réalité, les hommes peuvent ainsi avoir le contrôle de la sexualité des femmes. »Comment vous est venue cette envie de réparer le clitoris des femmes mutilées ?Pierre Foldès : « Il y a 25 ans, j'étais médecin humanitaire en Afrique. J'ai découvert ce qu'était l'excision car les femmes que je soignais venaient à tour de rôle me demander s'il était possible de faire cesser la douleur ressentie au niveau du clitoris. J'utilisais déjà une technique de rallongement de la verge chez l'homme et, à mon retour en France, j'ai perfectionné ma technique pour qu'elle fonctionne sur les femmes. » En quoi consiste cette technique justement ?Pierre Foldès : « Il s'agit de retirer la cicatrice, à l'origine des douleurs. Il faut donc le réparer, lui restituer son anatomie normale incluant les nerfs et la peau nécessaires. Le clitoris est coupé sur la partie externe seulement. À la base, il mesure une dizaine de centimètres. Je récupère donc le morceau restant encore innervé, la partie interne, pour reconstituer un gland clitoridien normal. L'opération dure entre 45 minutes et 1 heure. Cette technique est pratiquée depuis 25 ans et vraiment au point depuis plus de huit ans maintenant et elle peut réparer tous types d'excision. »

Quels sont les résultats espérés à la suite de l'opération ?Pierre Foldès : « Sur le plan technique, les améliorations se poursuivent. Je tiens aussi à évoquer l'importance du suivi et de l'accompagnement de la patiente après l'opération. Sur le plan esthétique, huit femmes sur dix sont satisfaites, sur le plan de la sensibilité, huit femmes sur dix ressentent des sensations clitoridiennes. La douleur est également supprimée dans la quasi-totalité des cas. Mais il est difficile d'avoir des données précises, les femmes n'ayant pas de point de comparaison. » Les femmes qui vous sollicitent le font-elles de leur plein gré ? Pierre Foldès : « Oui, elles font cette démarche de leur plein gré. Elles parlent de leur expérience avec douleur. Mais elles parviennent à franchir la barrière du non-dit. Après leur opération, la majorité deviennent d'ailleurs des militantes contre l'excision. Ce qui symbolise une bonne évolution de leurs responsabilités. »Quelles sont les différentes conséquences de l'excision ?Pierre Foldès : « L'excision atteint la globalité de la femme en tant qu'être humain, elle est profondément atteinte dans son identité. Elle n'est plus une femme. Au-delà, les conséquences sont multiples : traumatisme et problèmes psychologiques, douleurs pendant les rapports intimes, problèmes de stérilité, difficultés pour accoucher… »Vous êtes le premier à avoir utilisé cette technique, d'autres chirurgiens suivent en France et à l'étranger ?Pierre Foldès : « Aujourd'hui, cinq centres prennent en charge la réparation de l'excision. Je me déplace aussi beaucoup à l'étranger, notamment en Afrique, afin de former des confrères. Mon but est bien entendu de remettre en cause ces pratiques. Les confrères étrangers voulant être formés viennent en France. »Où en est l'excision aujourd'hui en Afrique et en France ?Pierre Foldès : « La pratique recule dans les endroits où une action associative est en place. Mais les nouvelles immigrations vers la France apportent de nouveaux cas d'excisions effectuées en Afrique. Actuellement, il faut compter environ 100 excisions à réparer chaque mois, qu'elles soient récentes ou datant de plusieurs années. En Afrique, il y a une prise de conscience comme au Burkina Faso mais pas au Mali où l'excision perdure. C'est avant tout une prise en charge politique. Il faut faire l'effort suffisant d'un travail de lobby pour supprimer cet acte de mutilation infligé aux femmes. Je suis très impliqué sur ce point et je fais partie du Conseil scientifique de Équilibres et Populations, une ONG axée sur l'éducation et la santé des femmes les plus défavorisées. »

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Article publié par le 19/02/2007 - 01:00

Sources : Côté Santé, n° 16, février 2007.

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Par 3marie 19/09/2011 - 17:09

 

Par faras 24/10/2010 - 17:10

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