Euthanasie : qu'en penser ?

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mercredi 29 Janvier 2003 : 01h00
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A nouveau tristement d'actualité, le débat sur l'euthanasie n'en finit pas. Le problème doit-il reposer sur les professionnels de santé, dont la vocation est de soigner ? Sur une loi, pouvant ouvrir la voie à des dérives ? Sur la liberté personnelle du patient ? Une problématique qui demeure bien épineuse…

Le procès de Christine Malèvre, une ex-infirmière accusée de 7 meurtres et déclarant avoir agi par compassion, est bien celui de l'euthanasie. Ce même problème se retrouve au centre d'un autre procès moins médiatisé, celui d'Elie Bendayan, un ancien policier âgé de 70 ans qui, déchiré par la souffrance de sa femme atteinte de la maladie d'Alzheimer, a décidé par amour de mettre fin à son martyr à coups de revolver. Le jury semble avoir reconnu cet acte comme un geste d'amour.

Aux médecins de résoudre le problème ?

Les médecins seraient effectivement tout désignés : eux seuls connaissent les chances de guérison d'un malade, peuvent dire si une demande d'euthanasie ne cache pas un désir d'accompagnement renforcé et si les soins palliatifs ne sont pas préférables. Dans ces conditions pourquoi légiférer ? Une loi ne peut répondre aux multiples cas spécifiques et celle-ci risque d'encourager les assassinats sous le couvert de l'euthanasie.Seulement voilà, la vocation des médecins est de soigner, guérir et protéger la vie en toute circonstance. De plus, on leur demande ici d'être non seulement thérapeutes, mais également fins psychologues, devant tout comprendre de leurs patients, en passant par l'analyse de leur maturité, de leur détermination réelle et de leur courage… de vivre ou de mourir !

Où situer la liberté personnelle du patient ?

Si certains malades préfèrent la mort à la souffrance, d'autres choisissent sans hésitation la douleur à la mort, qu'ils craignent bien davantage. Restent les personnes qui placent la barre de l'euthanasie un peu trop bas, par exemple en ne supportant pas d'être physiquement diminué, de souffrir de la moindre petite douleur ou encore de vieillir.Le choix de la mort dépend donc d'une infinité de paramètres. Au final, dans le débat qui oppose partisans et opposants de l'euthanasie, seule la volonté du patient en fin de vie doit compter. Mais comment savoir et être sûr d'une telle volonté ? Peut-être pourrions nous commencer par autoriser à un adulte sain d'esprit le droit de rédiger un testament réfutant tout acharnement thérapeutique en cas de démence ou de cancer en phase terminale.

Pour le ministre de la Santé, Jean-François Mattéi, l´euthanasie est « une mauvaise réponse à des questions de souffrance, de solitude et d´abandon ». Au mois de décembre dernier, celui-ci expliquait que donner « délibérément la mort reste un acte illégal ». Et ajoutait qu´autoriser de tels actes « ouvrirait la voie à des dérives et des abus qui mettraient en danger les fondements même de notre société ». « Quand on ne peut plus soigner, il faut prendre soin ».

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mercredi 29 Janvier 2003 : 01h00
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