Etats-Unis : des médecins parviennent à greffer un pénis et un scrotum

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Mardi 24 Avril 2018 : 12h38

Pour la première fois, des médecins américains ont réalisé une transplantation de pénis et de scrotum. La greffe, pratiquée sur un ancien soldat, s'est déroulée en mars dernier.

© Istock

C'est le genre d'accident qui change le cours d'une vie. En mission en Afghanistan, un soldat américain a été victime d'un engin explosif. Il y a perdu les jambes mais aussi le pénis.

Le préjudice a été réparé, en partie, par une équipe de l'hôpital Johns-Hopkins de Baltimore (Etats-Unis). Plusieurs médecins se sont coordonnés pour lui greffer un pénis et un scrotum. Une première dans le monde.

Pour cette transplantation, onze chirurgiens plastiques et urologues se sont succédés au bloc opératoire. L'intervention, qui s'est déroulée fin mars, a duré 14 heures. Pour la victime, l'instant était crucial. "C'est une blessure assez ahurissante; ce n'est pas facile à accepter", confie-t-il dans un communiqué.

Pourquoi greffer aussi le scrotum ?

Dans l'incapacité de s'adapter à sa nouvelle situation, l'homme a sombré dans la dépression et a commencé à abuser de médicaments. Ses médecins ont donc tenté l'impensable. Une fois le donneur repéré, l'équipe s'est activée. Le pénis, le scrotum et une partie de la paroi abdominale ont été prélevés. Pour des raisons éthiques, les testicules n'ont pas été utilisés.

Ça n'est pas la première fois qu'un pénis est transplanté. Depuis 2015, quatre interventions ont été réalisées avec succès. Mais ce vétéran était dans une situation plus complexe.

"Avec la déflagration, le pénis entier a été détruit avec les vaisseaux sanguins de sa base, ainsi qu'une partie des tissus de l'abdomen et du scrotum", explique à Vice le co-directeur du programme de transplantation génito-urinaire de Johns-Hopkins, Damon Cooney.

Il a donc fallu déterminer quels vaisseaux sanguins devaient être prélevés puis transplantés. "L'approvisionnement en sang n'allait pas être assuré par les seuls vaisseaux du pénis", indique Damon Cooney.

© Service de presse

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Quel avenir pour le vétéran ?

Seulement un mois après l'opération, l'ancien militaire ressent déjà les bénéfices de cette audacieuse tentative. "Quand je me suis réveillé, je me suis senti plus normal", se souvient-il. Les médecins se montrent eux aussi optimistes.

"Nous espérons que cette transplantation permettra à ce jeune homme de récupérer des capacités urinaires et sexuelles proches de la normale", avance W.P. Andrew Lee, qui a participé à l'intervention.

En plus de pouvoir uriner normalement, le vétéran devrait avoir la possibilité de reprendre une activité sexuelle. Les nerfs repoussant à raison de 2.5 cm par mois, les érections seront physiquement possibles.

La prostate du jeune homme étant épargné, sa fonction sexuelle devrait redevenir normale. En revanche, aucun projet parental ne sera possible. Les testicules du donneur n'ont pas été transplantés pour des raisons éthiques. Le receveur ne pourra donc pas éjaculer. Seule l'adoption sera possible, ou l'appel à un don de sperme.

Pourquoi c'est une avancée ?

La greffe à partir de donneurs décédés comporte un risque majeur, celui du rejet. Le vétéran devra donc prendre, toute sa vie, des traitements antirejet. Il a aussi reçu une greffe de moelle osseuse provenant du donneur, afin de limiter le risque.

Les urologues ont la possibilité de reconstruire un pénis à partir d'autres tissus du corps du patient. Mais cela nécessite la pose d'un implant pénien pour obtenir une érection. Et cela augmente le risque d'infection. Par ailleurs, la zone génitale de ce vétéran était particulièrement endommagée.

Réaliser ce type de greffe est important pour ceux qui en bénéficient : les hommes qui ont perdu leur pénis sont à risque particulièrement élevé de mettre fin à leurs jours. "Nous pensons que ces transplantations peuvent aider les vétérans qui ont perdu leurs parties génitales, de la même manière que les greffes de mains et de bras changent la vie des personnes amputées", a estimé W.P. Andrew Lee lors d'une conférence de presse.

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