Douleurs articulaires : le déremboursement des meilleurs médicaments

Article publié par le 23/01/2012


Douleurs articulaires : le déremboursement des meilleurs médicaments

Après avoir supprimé le DI-ANTALVIC, les autorités publiques viennent de dérembourser la BUTAZOLIDINE, autre médicament essentiel pour ceux qui souffrent de polyarthrite rhumatismale grave. Que pourra-t-on leur prescrire à la place, tous les autres anti-inflammatoires étant moins puissants ? Du coup, ils vont devoir prendre un médicament 100 fois plus cher et 1000 fois plus dangereux.

Remboursement des médicaments : qui prend la décision, comment ça marche ?

Pour être remboursé en France, un médicament doit obtenir de la commission de transparence (commission dépendant dela Haute Autorité de Santé), un avis favorable quant à son service médical rendu. Dans certains cas, ce n’est pas une décision simple à prendre car il faut tenir compte des nouvelles données scientifiques, des alternatives thérapeutiques, des effets secondaires réellement observés, et des besoins de la population.

C’est ainsi que le DI-ANTALVIC n’a pas pu être sauvé en France l’an dernier. Ceux qui souffrent de douleurs articulaires connaissent bien ce médicament bien toléré, notamment chez les personnes âgées. Mais cette fois-ci, c’est l’Agence Européenne du Médicament (EMA) qui avait demandé son retrait du marché au prétexte de son utilisation en fort surdosage en vue d’une démarche suicidaire, notamment dans certains pays nordiques.

Après le DI-ANTALVIC, la BUTAZOLIDINE

Cette fois-ci, c’est la BUTAZOLIDINE qui va passer à la trappe. Ce médicament est pris chaque année par 5000 personnes souffrant de polyarthrite rhumatoïde grave.

C’est le plus puissant anti-inflammatoire à notre disposition et quand il marche, il permet d’éviter le passage aux médicaments encore plus puissants, comme les anti-TNF alpha.

Ceux-ci sont très efficaces car ils permettent de diminuer l’action du système immunitaire contre ses propres articulations. Mais en diminuant le système immunitaire, ils favorisent les infections qui peuvent être potentiellement graves.

Quid des anti-TNF alpha ?

Les anti-TNF alpha sont donc des médicaments plus efficaces, mais aussi plus difficiles à manier et c’est tout le dilemme du rapport bénéfice / risque que les médecins doivent évaluer et expliquer à leurs patients.

Outre qu’ils sont plus dangereux, les anti-TNF alpha sont aussi beaucoup plus chers, jusqu’à 100 fois plus cher. Autrement dit, un traitement par BUTAZOLIDINE qui coûtait 150 € par an sera de facto remplacé, faute d’alternative, par un traitement par anti-TNF alpha coûtant 15.000 € par an. Pour 5.000 patients, cela fait un surcoût de plus de 50 millions d’euros.

Que reproche t-on à la BURAZOLIDINE ?

On ne comprend pas bien ce qui a motivé le refus de la commission de transparence de renouveler le remboursement de la BUTAZOLIDINE. Les motifs invoqués sont :

  • L’absence de nouvelle étude clinique. On ne va quand même pas reprocher au laboratoire Novartis, inventeur de la molécule, de ne plus faire d’étude clinique sur un vieux médicament qui ne lui rapporte pratiquement rien.

  • L’existence d’une complication grave avec la BUTAZOLIDINE, l’agranulocytose ou destruction de certains globules blancs. Mais là, c’est une arlésienne : si quelques cas ont pu être déclarés, la très grande majorité des rhumatologues prescrivant la BUTAZOLIDINE n’en n’ont jamais vus de toute leur carrière. En revanche, ils voient régulièrement les complications infectieuses des anti-TNF alpha.

Que faire à partir de ce constat ?

À partir de ce constat, on ne peut que conseiller aux patients de soutenir les rhumatologues qui vont monter au front pour défendre la BUTAZOLIDINE. Ils avaient déjà obtenu son maintien en 2008 lorsque le laboratoire Novartis avait envisagé l’arrêt de sa production. Un article du Monde de juin 2008 avait notamment soutenu leur cause. Espérons qu’ils arriveront à se faire entendre des autorités au nom des 5.000 patients qui en ont vraiment besoin.

Source : www.has-sante.fr                                                    

Article publié par le 23/01/2012

Ce billet fait partie du blog de Dr Philippe Presles, Le blog de la Rédaction

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