Camille
Portrait de cgelitti
Je suis un jeune chirurgien dentiste, diplomé d?une fac parisienne il y a 4 ans maintenant. L?enseignement que j?ai reçu à la fac était de bonne qualité, même si évidemment il me reste encore beaucoup à apprendre. D?ailleurs ils nous l?ont bien dit a la fac : « On est la pour vous apprendre les bases et surtout une façon de penser qualité. Il ne faut pas vous faire d?illusion : il y a tellement d?évolution technologique dans les biomatériaux et médicaments que vous serez tout le temps en train d?apprendre de nouvelles techniques. ».

Tout content de sortir de la fac, je commence par bosser (remplacement) chez un professeur de la fac en proche banlieue parisienne, dans un quartier bourgeois La je suis confronté à la réalité.

Pour exercer, il faut remplir des tonnes de paperasse. Sans arrêt. Paperasse que souvent je ne comprenais même pas. Cela pose problème quand à cause de cela on oublie de vous payer ou on vous demande plus de sous. Passons.

Le vrai souci c?est que j?ai commencé à voir la réalité des soins dentaire en France.

Dans ce cabinet on était quatre à exploiter une et unique assistante. Une assistante ça sert à bien stériliser le matériel, à accueillir le patient, à aider le dentiste dans certaines opérations (chirurgie par exemple). Pour moi il est impossible de travailler correctement avec moins de une assistante par praticien. Pourquoi en Allemagne ils en ont deux par dentiste en moyenne et en France 0.5 ? A cause des charges salariales peut être. A cause du je m?en foutisme sinon ?

Je découvre aussi les tarifs ridicules français. Rien n?est prévu pour faire de la prévention, les soins de bases à un prix ridiculement bas : une heure pour extraire une molaire : 30 ?, une demi heure de détartrage : 28 ?. Un serrurier dans mon quartier prends 104 ? pour ouvrir une porte claquée en cinq minutes, et le plombier 150 ? pour changer une pièce de la chasse d?eau des toilettes qu?il m?a fallut 15 minutes pour le faire moi même.

A cause de cela on fixe des prix de prothèse exorbitant que malheuresement les plus démunis ne peuvent se payer. J?explique alors a la pauvre caissière de 20 ans du monoprix d?en face que sa dent risque alors de s?abîmer et qu?il faudra alors l?extraire. « Oui mais je n?ai pas 670 ? à mettre dedans. ». Me voila donc à travailler gratuitement dans certains cas ou à prix modulé en fonction de la personne en face moi et surtout en fonction de son assurance. Ce qui est parfaitement illégal. Tout le monde le fait pas, loin de la, c?est illégal et « ça sert a rien de se mouiller pour ces gens la ».

Deux ans et demi plus tard je pars sur la cote atlantique du coté de La Rochelle faire une collaboration chez une jeune dentiste qui venait d?acheter un cabinet .Elle semblait pleine de bonne résolution. Désenchantement : matériel de chirurgie rouillé. Dispute avec elle sur certains traitement : elle n?avait pas le niveau d?un étudiant de 4eme année de ma fac.

Mais ce remplacement m?a beaucoup apporté quand même. Les patient étaient tellement mal soignés ici qu?ils présentaient des pathologies que je ne voyais que quand je bossais avec des immigrés vivant en situation défavorisée. Pourtant ces patients sont des gens de province, sérieux, venant même tout les huit mois pour contrôle. Comment leur expliquer qu?ils ont des lésions sur la plupart des dents du haut car depuis vingt ans les praticiens précèdent n?ont jamais détartré les dents du haut, mais seulement celles du bas tout les quatre ans (normalement c?est haut et bas tout les ans).

J?avais déjà ressenti ce malaise de nombreuses fois auparavant. On a dans le métier le devoir de confraternité. Une sorte d?omerta. On n?a pas le droit de dire du mal d?un confrère. Le patient a donc un bridge qui se descelle ou une dent trop qui se déchausse. C?est toujours de sa faute ou de celle à pas de chance. Comme ça on évite les procès. Et des merdes non conformes à la science je peux vous dire qu?on en voit un paquet. Moi derrière je repasse a faire ce travail peu gratifiant et très mal payé que d?autres ont bâclé, le patient me dénigrant car « c?est pas normal le praticien précèdent me faisait qu?un détartrage tout les quatre ans et la vous me dites qu?il me faut quatre séances ? Vous en voulez à mon portefeuille ?»

Selon un récent sondage dans un de nos petits magazines 80 % des dentistes avouent utiliser une vielle méthode qui n?est plus en accords avec les données de la science pour obturer le nerf des dents. Et c est valable pour tous les autres types d?actes. La plupart bossent avec des techniques d?il y a quinze ans ou alors avec des techniques actuelles mal appliquées car ils la comprennent pas : « ah bon il fallait mettre se produit bleu pendant 15 secondes sur la dent avant d?utiliser ce nouveau type de plombage ? Le deux autres praticiens ne le font pas. » dixit l?assistante. Cf. cours de 3 eme année.

Est-ce que je dis que les vieux praticiens sont mauvais ? Non, j?ai fais des collaboration avec des jeunes qui avaient déjà laissé tomber les protocoles contraignant qui sont nécessaire à faire du travail de qualité. Par pure fainéantise. A contrario, je vais assister à des soins chez des confrères âgés pour qu?ils me montrent certaines techniques. Et certains d?entre eux peuvent beaucoup m?apporter. Mais ils sont minorité. La plupart se laisse aller dans la facilité et sautent les étapes contraignantes des soins pour aller plus vite.

Parmi ces protocoles il y en a un qui s?appelle la pose de digue. Qui permet de réaliser des plombages de bonne qualité ou des traitement de nerf dans des conditions optimales. Les fournisseur de matériel dentaire ont déclaré que seul 5% des praticiens l?utilisent. Tout nos cours et dans toutes les revues il est dit qu?elle est nécessaire à des soins de qualité. Elle ne coûte quasiment rien. Sont seul tort : il faut 3 minutes par patient pour la poser et c?est un peu laborieux.

Certains disent que je suis éliste et que je vise trop haut. Moi je réponds que mes profs m'ont appris un adage: soigne tes patients comme tu aimerais que l'on te soigne. Bizarrement quand on demande à un dentiste si il avait un bout d'incisive cassé, voudrait-il que l'on la lui reconstruise avec un composite stratifié sous digue, il repondra oui. Pourtant il ne mettent pas ces procédures en place pour leurs patients.

Je pars donc de ce cabinet et me met à la recherche d?un cabinet à acheter avec un ami qui a la même vison que moi sur la qualité des soins. Je ne veux plus avoir a soigner les patients en transigeant sur celle-ci. Je visite une dizaine de cabinets. Un tiers de ceux-ci n?ont rien ou presque pour la stérilisation. Il y a même un cabinet qui recyclait ses aiguilles d?anesthésie jetables, un autre ou la gamelle du chien jouxtait la machine à stériliser.

L?état nous impose des normes de tout types. Des normes avec des contrôles qui coûtent chers. Exemple la nouvelle norme radio qui nous oblige à faire contrôler notre appareil radio comme si il s?agissait d?un réacteur nucléaire. Et dans les faits ça se traduit par un technicien qui vient au cabinet 5 minutes, note le numéro de l?appareil et repars 500 ? dans la poche.

Par contre pour contrôler les normes d?hygiène, il n?y a pas de contrôle valable en place actuellement. Juste de la paperasse inutile, qui coûte du temps et de l?argent.

Il y a quand même quelques cabinets qui étaient intéressant mais hors de prix.

A ce moment la je décide avec ma copine et mon pote de partir à l?étranger dans un pays ou j?aurais 16% d?impôt à la place de 65% ici. Ou je serais libre de fixer mes prix pour que ceux-ci soient plus le reflet du temps que je passe (en France peu importe que je passe 15 min sur une carie sur une molaire ou une heure comme cela arrive pour une belle dent de devant, c?est 35 ?). Ce qui m?énerve c?est qu?à chaque fois que l?on parle de notre profession c?est pour la montrer du doigt en parlant de nos revenus. Oui j?estime avoir le droit de bien gagner ma vie en travaillant. Oui j?ai le devoir de soigner l?indigent. Mais l?un n?exclu pas l?autre. Alors vu que je peux gagner le double ailleurs avec moins de contraintes, ciao.

Je resterais la bas à peu près 5 ans, à ce moment la je reverrais les données.

Pourquoi cinq ans : car on est dans un papy boom spécial nous les dentistes. En plus de celui-ci se rajoute en plus l?effet numerus clausus qui n?a jamais évolué car les pouvoirs publics n?ont jamais bougés, alors qu?ils sont au courrant de la situation.

Entre 2007 et 2012, il y aura environ 20 % de dentistes qui partiront à la retraite sans être remplacés. Et entre 2012 et 2020 encore 15 % de plus. La France va donc manquer cruellement de praticiens et devra donc en faire venir de l?étranger, pillant ainsi, comme on le fait déjà pour les médecins hospitaliers, les cerveaux des autres pays. Mais le manque sera tellement cruel que je pourrais éventuellement venir me réinstaller en me déconventionnant. Non pas pour gagner plus. Mais pour être enfin libéré des contraintes de la sécu : ses prix fixés, sa bureaucratie et ses contrôles qui jugent notre travail en fonction de statistique économique (« les soins que vous faites a vos patients nous coûtent trop cher docteur. Il va falloir arrêter de faire de la qualité »).

Le seul souci c est qu?étant déconventionné, mes patients ne seront pas remboursés par la sécu. Mais ils n?auront pas le choix si ils veulent être soigné, car il y aura pénurie de praticiens. En fait quand j?y pense, nombreux de mes camarades de promos se sont déjà enfuis : en Espagne, Angleterre, Italie, et Suisse. La pression bureaucratique et fiscale etant moindre ils peuvent plus facilement se payer une assistante et du bon matériel. Il va en falloir des dentistes étrangers si une partie des jeunes s?enfuie.

C?est pour cela que j?écris ce texte. Parce que je suis révolté de voir que 80 % des dentistes travaillent avec des techniques qui ne sont pas aux normes. En parti parce que l?état ne leur donne pas les moyens de changer. En discutant avec eux, on ressent très vite la lassitude de la bureaucratie et de l?immobilisme coincés qu?ils sont entre la bureaucratie de l?urssaf et de la sécu. Cela ne justifie pas tout. Beaucoup des manquements aux règles d?hygiènes ou de soins que j?ai constaté ne coûtent rien. J?ai mal pour ma profession et tout ceux qui s?échinent a bien bosser et tellement honte de mes confrères de qui normalement a cause du code déontologique je n?ai pas le droit de dire du mal. J?ai aussi peur pour les patients qui en 2012 risque de manquer d?acteurs de soins. Au lieu de vous focaliser sur les revenu des dentistes, pensez plutôt a qui vous soignera et dans quelle conditions.

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