Ce billet fait partie du blog "Le blog de la Rédaction".

Les dangers des vaccins sont bien théoriques, et leur valeur bien réelle

Publié par Dr Philippe Presles le Vendredi 06 Mai 2011 : 12h19
Mis à jour le Mardi 10 Mai 2011 : 10h54
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Il va falloir que les médecins réapprennent leur médecine : des maladies que l’on ne voyait pratiquement plus, réapparaissent, comme la rougeole. Il va falloir réexpliquer aux gens que ces maladies sont graves, potentiellement mortelles. Je me souviendrai toute ma vie du désespoir d’une famille voyant la médecine impuissante face à la leucoencéphalite sclérosante subaiguë (LESS) qui a tué son adolescent, 6 années après un épisode de rougeole infantile. Au fait, pourquoi avons-nous peur des vaccins en France ?

Aujourd’hui, par peur des vaccins, les Français protègent de moins en moins leurs enfants. Nous devenons ainsi les champions du monde de l’épidémie de rougeole qui pourtant avait pratiquement été éradiquée. Pourquoi les Français sont-il devenus le peuple le plus peureux du monde, jusqu’à faire l’impasse sur ses vaccinations ?

Disons-le avec force : le plus grand progrès de la médecine, c’est la vaccination. Elle nous a permis d’éradiquer la plus terrible maladie qui n’a jamais été : la variole, qui tuait depuis des millénaires 10% de l’humanité. Certes, ce vaccin était parfois dangereux. C’était un vaccin conçu à partir d’un virus vivant atténué pouvant donner des complications rarissimes mais graves. Mais aujourd’hui, il n’existe plus de virus de la variole circulant dans le monde. Il en est pratiquement de même avec d’autres maladies que nous ne voyons plus dans nos pays comme la polio : qui se souvient de ces corps tordus et souffrants par la maladie ?

La rougeole revient, les oreillons aussi, la diphtérie avance. L’hépatite B, responsable de cancers du foie en 10 à 20 années d’évolution, ne recule pas. Pourquoi laissons-nous nos enfants commencer leur sexualité sans les protéger contre cette terrible hépatite B contre laquelle nous disposons d’un vaccin efficace et sans danger ? Par peur d’une hypothétique sclérose en plaques (SEP) alors que les scientifiques ont été incapables d’établir une preuve statistique de la relation entre le vaccin et la SEP. Il y a trop peu de cas : 15 à 20 cas par an en France de sclérose en plaques chez l’enfant, ce chiffre étant constant et n’ayant pas bougé avec l’arrivée massive de la vaccination contre l’hépatite B. Autrement dit, la relation, quand elle survient, est liée au hasard. Un vaccin ne peut pas garantir que l’on n’attrapera pas d’autres maladies !

Que dire de notre peur de la vaccination contre la grippe ? Voici un vaccin inoffensif et bien toléré face à une maladie qui est responsable chaque année de plusieurs milliers de décès. Savez-vous que la grippe est la première maladie mortelle chez les enfants de moins d’un an parmi les maladies vaccinables ? Savez-vous que la grippe est une cause de fausse couche majeure ? Savez-vous qu’un médecin vacciné contre la grippe transmet trois fois moins la maladie à ses patients qu’un médecin non vacciné ? Comment peut-on comprendre que seul un médecin sur deux soit vacciné contre la grippe dans notre pays ? Pourtant ce vaccin protège contre la maladie et ses complications. Les gens vaccinés font moins d’infarctus, d’attaques cérébrales. Une étude vient même de montrer que les bénéficiaires d’une greffe du rein qui ont été vaccinés contre la grippe voient leur risque de rejet d’organe être diminué de 23 %...

Alors finissons-en avec les peurs théoriques et arrêtons de faire peur aux gens en ne rendant plus les vaccins obligatoires. Face à la peur, il faut être courageux et c’est bien le rôle d’un gouvernement de redonner ses lettres de noblesse au courage politique. C’est aussi le rôle de l’industrie du vaccin de nous fournir des vaccins de plus en plus sûrs et c’est le cas. Les virus sont maintenant tellement fractionnés et « détruits » qu’ils sont devenus complètement inoffensifs dans les vaccins. Nous avons la chance de disposer en France d’une très belle industrie du vaccin, qui est une industrie lourde, coûteuse, très technique. Peu de pays en ont. Il y a des emplois derrière cela, comme il y a des emplois derrière la vaccination. Savez-vous qu’en moyenne chaque grippe occasionne un arrêt de travail de 5 jours ? Tout le monde y perd : le salarié qui tousse et sue au lit, et l’entreprise qui est désorganisée. Et si on réapprenait à s’émerveiller des belles techniques médicales qui sont maintenant à notre disposition ?

Source : Hurst F. Clinical Journal of the American Society of Nephrology, mai 2011.

Publié par Dr Philippe Presles le Vendredi 06 Mai 2011 : 12h19
Mis à jour le Mardi 10 Mai 2011 : 10h54
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