Coup au coeur : de battre mon coeur s'est arrêté !

Publié par Gilles Goetghebuer, journaliste santé le Lundi 29 Septembre 2008 : 02h00
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Il y a tout juste 25 ans, un drame s'est déroulé lors d'un tournoi de tennis aux Etats-Unis. La mort d'un juge de ligne !

Le 10 septembre 1983, le jeune Stefan Edberg (17 ans) joue une demi finale de l'US Open Junior contre Patrick McEnroe lorsqu'une de ses balles frappe malencontreusement un juge de ligne, Dick Wertheim (61 ans) qui tombe de sa chaise comme une masse. Complètement inanimé. On l'évacue. Rien à faire. Il décède cinq jours plus tard. Stupeur et incompréhension dans le monde du tennis. Différentes hypothèses circulent à l'époque. Pas toujours vraisemblables jusqu'à ce que l'on diagnostique la cause du problème sous la forme d'un syndrome appelé "coup au cŒur" (commotio cordis). De quoi s'agit-il ? D'après ceux qui l'on décrit au début des années 70, c'est un accident tout à fait étonnant où le sujet décède juste après avoir recu un impact violent sur le thorax. Un jet de pierre, par exemple. On connaît même le cas d'un portier d'hôtel qui succomba après s'être cogné à une porte. En général, l'autopsie ne révèle rien de particulier. Pas de lésion du myocarde, pas d'athérosclérose, pas d'infarctus. Le cŒur semble s'être tout simplement arrêté de battre.

Pauvres cochons

Des chercheurs en cardiologie ont évidement voulu percer les mystères du " coup au cŒur ". Pour cela, ils ont utilisé de pauvres cochons qu'ils ont équipés d'abord d'un électrocardiogramme avant de les soumettre à un bombardement en règle de divers projectiles dans la région du cŒur. Ils ont alors constaté que si on percute la poitrine pile au moment où le cŒur se repolarise (*), il se produit un phénomène biochimique très particulier, l'activation du canal potassique, qui équivaut en quelque sorte à perfuser le cŒur d'une forte dose de potassium. Exactement comme lors d'une exécution d'un condamné à mort dans certains Etats américains où l'on procède encore par injection létale. Tout est une question de microsecondes. Il faut que l'onde de choc se superpose exactement à l'activité cardiaque. Cela implique un choc d'une durée extrêmement brève comme celui produit par un objet dur qui se déplace à des vitesses comprises entre 50 et 80 km/h. Cela arrive en baseball ou en hockey sur glace. Un coup de poing ou un coup de genou asséné brutalement peuvent éventuellement faire l'affaire. Mais pas un ballon de foot. Trop gros, trop lent.

Des macabres statistiques

Aux Etats Unis, on prend le problème très au sérieux. Depuis 1985, tous les accidents (entre 5 et 10 par an) sont recensés dans un grand registre statistique. Ils concernent majoritairement des jeunes garcons qui participent à des petites compétitions (deux fois sur trois) et le " coup au cŒur " survient parfois à l'issue d'un choc entre personnes (une fois sur huit) ou, le plus souvent, lorsqu'on se trouve frappé par un projectile. Les protections spéciales type plastron sont recommandées mais n'offrent pas une protection absolue: 22 victimes sur 128 en portaient. En revanche, on peut agir dans les minutes qui suivent immédiatement l'accident. Le massage cardiaque ou mieux encore, l'utilisation d'un défibrillateur suffit normalement à relancer la machine. On a pu sauver ainsi 19 personnes sur 128. Toutes les autres sont mortes.(*) Pour les initiés, cela se passe exactement entre 15 et 30 millisecondes avant le pic de l'onde T.

Publié par Gilles Goetghebuer, journaliste santé le Lundi 29 Septembre 2008 : 02h00
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