cgelitti
Portrait de cgelitti
Je m?appelle Jacques je vais sur mes 27 ans, coréen d?origine, j?ai été adopté à l?âge de 4 ans avec ma s?ur de 6ans.

Je pense que les différentes expériences de perte de la mère d?origine conditionnent les types de mal être que l?on ressent adopté après. Et je vais rassurer les parents adoptifs et notamment les miens : Ils ne sont nullement en cause dans l?apparition de ce mal, car il est là dès lors que l?enfant a perdu la mère d?origine.

Après il est néanmoins vrai aussi, que ce mal être peut être plus ou moins mal vécu selon que les parents adoptifs ont pu comprendre ce que vit leur enfant et lui apporter les réponses, adopter les comportements appropriés à passer ce cap difficile pour enfin prendre le contrôle de sa propre existence. Etre maître de lui-même et l?acteur de sa vie et non plus subir ses réactions, ses sentiments ou le spectateur impuissant de ses comportements.

Mais que voulez-vous? On ne peut leur en vouloir, en tout cas pas dans le mien, comme je l?ai pu un temps. Ce sont des gens comme vous et moi, et personne n?est infaillible, encore moins sur un sujet aussi complexe et insidueux. Je sais qu?ils ne peuvent que m?aimer et s?inquiéter pour mon sort. J?ai pu être blessé par des paroles, des comportements, des non-dits, des actes manqués de leur part?.et inversement ! Mais c?était bien légitime de chacun des points de vue, mais encore aurait t-il fallut se mettre à la place de l?autre. Ahhh ! la dure difficulté de communiquer entre les hommes, surtout quand on ne saisit pas le fond du problème. 

Au tout début de ma thérapie, mon abandon n?avait pas de réelle importance. Je me disais bon, j?ai été abandonné à 3-4 ans et alors ? Je suis toujours vivant et je ne manque de rien. C?est même beau cette histoire d?orphelin, ça fait destiné romanesque à la Dickens ou Malot. Pour moi c?était alors la relation difficile avec ma mère trop autoritaire, toujours en train de nous crier dessus ma s?ur et moi, de nous critiquer, nous rabaisser, ne jamais faire bien. Tant et si bien que c?est notre père plus calme qui suivait nos devoirs par exemple. Nos relations avec notre mère se sont réduites au strict minimum au fil du temps. Bonjour, bonsoir quelques échanges sans profondeur puisque nous vivions ensemble. Et puis voilà c?était quand même notre maman, la seule. Pour moi je n?en avais pas d?autre, ma mère d?origine n?était même plus qu?un concept de roman.

Je ne sais pas trop ce qu?il en est pour ma s?ur qui vers 7 ans lui avait lancé en réplique lors d?une énième fois où ma mère lui criait dessus, qu?elle n?était pas sa vraie mère. Je pense que c?était plus une réaction de tristesse et de colère envers cette femme dont elle aurait voulu être aimée.

Car voilà même si nous nous sentions leurs enfants, ses enfants, qu?ils étaient nos vrai parents, nous sentions en porte à faux, petits chintoques. Enfin j?ai commencé à réellement le ressentir vers l?âge de 8-9 ans.

Ma mère me criait moins dessus que sur ma s?ur par ce que je travaillais bien en classe. Et puis je faisais tout pour être sage, ne pas m?attirer ses foudres. J?en étais même arrivé à faire la morale à ma grande s?ur en agitant mon index et lui disant « c?est pas bien, maman va te gronder »

J?étais formaté, je suivais un système insconscient de moi-même, je n?avais pas de volonté propre il fallait faire ce qu?on nous disait voilà tout.

L?école ? Jusqu?à mes 12ans je ne me suis pas demandé qu?est ce que j?y faisais, quel était l?intérêt de bien travailler. On avait des ennuis à la maison si on ne travaillait pas bien c?est tout, alors je m?efforçais d?avoir de bonnes notes qu?importe ce qu?on apprenait. Je faisais la compétition. Donc tout allait bien.

Mais j?avais déjà des comportements que je ne comprends que maintenant et qui étaient déjà les symptômes de mon mal être. Mes parents les prenaient pour des traits de caractères sans aucune raison bien spécifique et moi aussi.

Je boudais de colère et me renfermais très souvent quand quelque chose n?allait pas avec mes parents. Ce n?était pas du caprice. Je bouillais en moi et quelque chose m?avait blessé au plus profond. Trop sucseptible. Et n?étant pas compris je me renfermais renfrogné.

J?étais dissipé en classe, pas concentré, j?étais perturbateur. Je devais souvent aller sous le bureau de la maîtresse à la maternelle ou au coin et dehors plus tard.

Depuis toujours une colère monte trop facilement en moi, une irritation exacerbée, qui me rend impusif et violent malgré moi. Je sais maintenant que c?est des frustations des irritations auxquelles je ne savais pas comment faire face.

Plutôt joyeux juqu?à là, riant facilement quand je n?étais pas frustré ni irrité, je me suis mis à avoir des accès de mélancolie, sans que je sache vraiment pourquoi vers l?âge de 12 ans.

Je n?étais plus ce garçon dissipé, perturbateur. J?étais plutôt très calme trop calme. Je discutait beaucoup moins. Nous habitions aux Comores à ce moment là et j?allais souvent en bas de chez moi sur les rocher traîner le regard vide. Je pouvais rester là longtemps à me laisser aller à ce sentiment de tristesse.

Premières boum quand il fallait danser, je me sentais mal et je m?emplissait de se sentiment de mélancolie. Et je restais là seul à regarder.

Je serais bien allé danser avec une fille mais vide et mélancolique ça ne me mettais pas à l?aise pour inviter une fille à danser et se rapprocher si jamais.

Je pense que je commençais mon adolescence, le moment de prendre conscience de soi d?être maître de sa propre vie et de l?affirmer. Mais opposer quoi aux parents ? Afficher quoi de moi aux gens ? Je n?avais aucun sens à faire ressortir de moi. Aucune volonté qui émane de moi.

Parcequ?il n?y a jamais eu de Moi. D?être qui se construise dans son rapport aux autres, à ses parents. Se différencie.

Ce Moi s?était effacé devant ce scénario tumultieux, laissant un pantin dirigé de droite et de gauche. Ce Moi resté frustré, qu?on n?a pas voulu écouter, auquel on n?a pas fait attention. Que l?on n?a pas su rassurer. Qui est resté enfermé puisqu?il n?avait pas le droit de sortir, qu?on ne l?acceptait pas. Ce qui explique les bouderies, les accès d?irritation violent. Dans les bouderies il se renfermait, mais n?y pouvant plus il explosait dans cette colère impulsive.

C?était simplement ce Moi se retrouvant dans un autre monde, déboussolé et qu?on n?a pas su aider à s?affirmer, à se rassurer dans ce nouveau monde, dans cette nouvelle famille.

En comprenant maintenant cela il ne s?agit pas de vouloir retrouver sa mère biologique pour retrouver ce Moi. Ce Moi nous l?avons tous en nous. Il s?agit seulement de le laisser enfin sortir, pour reprendre contrôle de ce pantin, et qu?il fasse sa vie.

Car il n?est plus cet enfant qui découvre le monde et que la mère rassure, et qui lui permet de se sentir bien dans sa peau et vouloir peu à peu prendre on autonomie, son envol, sa propre vie.

Dans mon cas à 26ans, je connais le monde maintenant, même je l?ai traversé en étant déboussolé, peu rassuré, mal à l?aise et donc vide puisqu?il j?étais ce pantin sans ce Moi en paix. Je n?ai plus besoin de ma mère pour me faire découvrir le monde et qui je suis, ni non plus comment subvenir à mes besoins.

Il me faut juste aimer la présence des autres dans ma vie. Celle de mes proches et des autres que je serai mené à croiser dans mon existence jusqu?à ce que la mort nous sépare malheureusement, mais ça c?est la vie.

Mais retrouver sa mère biologique peut être ce déclic qui fasse ressortir ce Moi que nous avons en nous. Question de choix personnel.

Moi-même je pense retourner en corée et la revoir mais comme ça par envie.