Cancer du poumon : quand le radon s'invite à domicile...

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 28 Mai 2007 : 02h00
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Le radon est un gaz radioactif naturel responsable de 9% des décès annuels par cancer du poumon en Europe. Ce cancérigène tue des mineurs depuis des siècles. Or il est également présent dans nos habitations, où, même à faibles doses, il se révèle particulièrement dangereux.

Le radon est un cancérigène

Pour la population française, l'exposition au radon constitue une des premières sources d'exposition aux rayonnements ionisants. Le radon est un gaz radioactif d'origine naturelle qui se concentre dans les habitats mal ventilés. Et nous passons 90 % de notre vie dans les bâtiments, dont 70% à domicile. Or le radon est un cancérigène pulmonaire. Il représente la 2e cause de cancer du poumon. Même s'il se situe loin derrière le tabac, le radon serait responsable d'environ 9 % des décès par cancer du poumon en Europe. En France, le nombre annuel de décès par cancer du poumon qui serait attribuable à l'exposition domestique au radon varierait de 1.234 à 2.913, soit 5 à 12% des 25.134 décès par cancer du poumon en France.

De faibles doses de radon suffisent...

Selon une des analyses recensées dans un article publié dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), le risque de cancer du poumon augmente de 8,4% pour chaque accroissement de 100 Bq/m3 de la concentration en radon mesuré, ce qui correspond après ajustement à une augmentation de 16%. Or dans les habitations des personnes atteintes d'un cancer, la concentration moyenne de radon est de 104 Bq/m3 contre 97 Bq/m3 dans le groupe témoin. Ainsi, la plupart des décès sont attribuables à des expositions bien inférieures à 200 Bq/m3 : 47% surviennent parmi 76% des Français qui sont exposés à des concentrations comprises en 0 et 99 Bq/m3, 27% parmi les 9% exposées à plus de 200 Bq/m3. Si l'on répartit les sujets en différents groupes selon les concentrations en radon auxquelles ils sont exposés, on découvre une relation linéaire entre le risque de cancer et la dose cumulée. En d'autres termes, il n'existe pas de seuil de dangerosité. Le risque est quasiment le même pour des concentrations comprises entre 100 et 200 Bq/m3 et pour les concentrations inférieures à 100 Bq/m3. En France, l'exposition moyenne est de 90 Bq/m3, avec des concentrations plus faibles en zones urbaines qu'en zones rurales. Certains départements ont été classés à fort potentiel de radon. C'est notamment le cas de la Bretagne et de la Corse où le radon serait responsable de 20% des décès annuels par cancer du poumon. L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) propose sur son site de télécharger l'atlas radon, indiquant les mesures de la radioactivité naturelle dans les départements français : www.irsn.org.A noter que le tabagisme est un puissant co-facteur de risque, d'autant plus qu'il est omniprésent.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 28 Mai 2007 : 02h00
Source : Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), n°18-19, 15 mai 2007.
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