Appendicite aiguë : bientôt la fin de l’appendicectomie chez l'adulte ?

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Lundi 16 Janvier 2017 : 11h46
Mis à jour le Jeudi 19 Janvier 2017 : 12h17
-A +A

Aujourd’hui, le "tout chirurgie" dans l’appendicite aiguë est bousculé par la possibilité de traiter par antibiotiques certaines de ces infections. Bientôt la fin de l’appendicectomie systématique chez l’adulte ? Pas si vite !

Appendicite aiguë = chirurgie ?

L’appendicite aiguë est l’urgence abdominale la plus fréquente : 20% se compliquent d’une péritonite c’est-à-dire l’inflammation du péritoine, cette membrane qui enveloppe les organes de la cavité abdominale. Le nombre d’appendicectomies est en baisse constante depuis quelques décennies. Dans les années 80, 300 000 appendicectomies étaient pratiquées en France chaque année. En 2012, il y en a eu moins de 84 000. Cette diminution s’explique par l’évolution de l’imagerie et le développement de la cœlioscopie (technique opératoire qui permet de réaliser des interventions chirurgicales sans ouvrir la paroi abdominale). Autrement dit, auparavant on réalisait des appendicectomies par excès.

Mais depuis quelques années, des études menées conduisent, du moins chez l’adulte, à une approche plus nuancée : les spécialistes font désormais la distinction entre appendicite non compliquée et compliquée (perforation de l’appendice, abcès, épanchement etc.). Dans le premier cas, l’antibiothérapie à l’hôpital serait une alternative à la chirurgie sous certaines conditions, alors que le second cas est une indication chirurgicale formelle.

Plusieurs essais par le passé – avec néanmoins des faiblesses méthodologiques -avaient suggéré que les antibiotiques pouvaient être aussi efficaces que le bistouri dans les formes non compliquées d'appendicite, en respectant des critères précis. Les chirurgiens français semblent bien plus modérés.

Les antibiotiques dans les appendicites débutantes uniquement

Une étude majeure française pèse dans ce débat de santé publique. Coordonnée par le Pr Corinne Vons (service de chirurgie viscérale et digestive, hôpital Avicenne-Bobigny) (1) dans six hôpitaux parisiens et publiée dans une revue scientifique de premier plan, elle devait apporter de nouveaux arguments.

Si elle a effectivement changé le point de vue des chirurgiens, en pratique elle n’aura conduit qu’au statu quo car elle n’a pas réussi à démontrer que les antibiotiques (ici un combiné d’amoxicilline et d’acide clavulanique pendant 8 à 15 jours) pouvaient rivaliser avec la chirurgie pour une appendicectomie. En effet, il y a eu plus de péritonites post-antibiotiques et parmi les 120 personnes sous antibiotiques, 44 ont eu malgré tout une appendicectomie dans l’année.

Mais la donne pourrait changer car depuis peu les habitudes ont évolué. En effet, dans de nombreux centres, le scanner a remplacé l’échographie chez l’adulte. Le scanner est en mesure de distinguer les appendicites compliquées des autres, ce qui n’était peut-être pas le cas dans cette étude française pourtant récente.

Mais avant de bouleverser les pratiques, d’autres études vont devoir être menées.

Dr Karine Pautrat, service de chirurgie digestive de l’hôpital Lariboisière (Paris), qui a participé à l’étude française : « Dans cette étude, l’efficacité des antibiotiques était de 68% à un an. Néanmoins, nous n’avons pas eu de suivi au-delà et nous avons beaucoup de patient qui ont été perdus de vue. Si dans le futur, on parvient à éviter 60 à 70% des interventions, il y aura un bénéfice pour les malades et la santé publique, mais ça n’est pas encore le cas. Dans notre service et dans la majorité des centres français, la référence reste la chirurgie. Cependant, les antibiotiques sont parfois envisagés, ce qui est nouveau, dans les appendicites débutantes ou des cas très « limite » (évènements impondérables : examens, concours, entretien d’embauche, voyages qui empêche d’être hospitalisé etc.). Mais jamais au moindre signe de complication. Par ailleurs, l’antibiothérapie n’élimine pas la cause et le risque de récidive est présent ».

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Lundi 16 Janvier 2017 : 11h46
Mis à jour le Jeudi 19 Janvier 2017 : 12h17
Source : (1) The Lancet, Vol 377, Issue 9777, p1573-79, may 2011
(2) Scanner : sensibilité de 98,5% et spécificité de 98% ; Pickhardt PJ and al;Diagnostic performance of multidetector computed tomography for suspected appendicitis. Ann Intern Med. 2011;154(12):789-96,W-291
D’après un entretien avec le Dr Karine Pautrat, service de chirurgie digestive de l’hôpital Lariboisière (Paris).
A lire aussi
Appendicite : quels sont les signes d'alerte ? Publié le 04/11/2012 - 23h00

Des douleurs atroces dans le bas-ventre en plein milieu de la nuit et vous atterrissez à l’hôpital ? L’appendicite est une cause fréquente d’intervention chirurgicale d’urgence. Pas de panique : elle se soigne très bien... à condition d’être prise en charge à temps.

Appendicite aiguë Publié le 17/09/2003 - 00h00

L'appendicite aiguë, cette maladie que tout le monde croit connaître et qui est synonyme d'intervention chirurgicale est pourtant de diagnostic difficile.Voici quelques points de repères.

Plus d'articles