Allergie aux pollens : révolution de la désensibilisation sublinguale

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 12 Avril 2005 : 02h00
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Eternuements, nez qui coule, yeux irrités, difficultés respiratoires… l'allergie aux pollens constituent un véritable fléau pour des milliers de personnes. Il existe des solutions pour prévenir et soigner les réactions allergiques. En plus des traitements symptomatiques, il est possible de recourir à un traitement curatif contre l'allergie, c'est la désensibilisation. Le Dr Pierrick Hordé nous explique dans son livre, « Le guide des allergies aux pollens », qu'aujourd'hui elle ne se pratique quasiment plus avec des aiguilles, mais en plaçant des gouttes sous la langue ?

La désensibilisation, encore appelée immunothérapie spécifique ou vaccinothérapie des allergies, est le seul traitement qui permette de modifier l'évolution naturelle de la maladie en rééquilibrant le système immunitaire. Elle consiste à administrer progressivement des doses croissantes d'extraits d'allergènes. L'immunité étant ainsi modifiée, les symptômes, en cas d'exposition ultérieure à l'allergène incriminé, disparaissent ou s'atténuent. A plus long terme, la désensibilisation prévient le passage à la chronicité et empêche l'apparition de nouvelles allergies et l'aggravation vers des formes plus sévères (notamment l'apparition d'un asthme chez les patients atteints de rhinite allergique).Aujourd'hui, la qualité des extraits allergéniques s'est considérablement améliorée, les experts de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) ont formulé des recommandations précises et la communauté médicale internationale s'accorde pour intégrer ce traitement à part entière dans la prise en charge des maladies allergiques. Ce traitement offre environ 70% de bons résultats.

A qui s'adresse la désensibilisation ?

Ce traitement est destiné aux patients réagissant à un, deux ou trois allergènes au maximum. En effet, il est illusoire d'entreprendre une désensibilisation chez les sujets polysensibilisés, c'est-à-dire allergiques à un trop grand nombre de substances différentes. Inversement, il n'est pas nécessaire de proposer ce traitement à des allergiques gênés durant une ou deux semaines par an et consommant peu de médicaments symptomatiques.Avant de prescrire une désensibilisation, il est indispensable d'effectuer un bilan allergologique précis chez un médecin allergologue, afin d'identifier très exactement les pollens mis en cause.Toutes les maladies allergiques ne peuvent pas être traitées par cette méthode. La désensibilisation est indiquée chez les personnes présentant une rhinite, une conjonctivite ou un asthme modéré, provoqués par les pollens.Elle est également indiquée chez les personnes allergiques aux acariens, aux hyménoptères et, dans une moindre mesure, aux chats, chiens et moisissures. On ne débute pas une désensibilisation chez une femme enceinte ou allaitante. Toutefois, on peut poursuivre un traitement commencé préalablement. La désensibilisation ne s'effectue pas chez les enfants de moins de cinq ans, chez les personnes âgées et chez celles atteintes de maladies dégénératives, immunitaires, de cancerA savoir : la désensibilisation est prise en charge par la sécurité sociale, et donc remboursée.

Deux méthodes de désensibilisation

Il existe deux méthodes : la voie injectable ou sublinguale. Mais quelle que soit la méthode, le traitement est long, sur une période allant de trois à cinq ans. En cas d'inefficacité du traitement au cours de la première saison pollinique, les allergologues recommandent de poursuivre le traitement durant une 2e saison. Si aucune amélioration ne s'est produite, la désensibilisation sera interrompue, mais la décision se fait toujours au cas par cas.La voie injectableC'est la plus ancienne et la plus connue. Elle consiste à injecter des doses progressivement croissantes de l'extrait allergénique, dans le haut du bras, à l'aide de seringues et de petites aiguilles. Ce traitement est à réaliser toutes les semaines pendant environ deux mois, puis toutes les deux semaines pendant à nouveau deux mois. Ensuite, le rythme des injections est peu à peu espacé jusqu'à obtenir la dose maximale protectrice administrée tous les mois pendant trois à cinq ans. Il faut savoir que l'apparition d'éternuements, de rhinite, d'asthme ou d'urticaire dans les quelques minutes ou dans les deux jours suivant l'injection, est synonyme de réaction et impose de diminuer la dose ultérieure.Le risque majeur de la vaccination injectable est le choc anaphylactique, réaction la plus sévère de l'allergie, nécessitant un traitement en urgence. La voie sublingualeCette technique très récente (elle se pratique depuis 1992) est une révolution dans le traitement des allergies. Elle est aujourd'hui pratiquée dans 70% des traitements de désensibilisation. Chaque matin, à jeun, le patient dépose sous sa langue quelques gouttes de l'extrait allergénique, qu'il doit laisser fondre durant deux minutes avant d'avaler (avaler le produit immédiatement diminue l'efficacité). Durant la phase initiale, qui dure environ de 14 à 21 jours, le patient augmente progressivement les doses jusqu'à la posologie maximale la mieux tolérée. Le traitement d'entretien consiste à administrer cette dose tous les jours ou les deux jours pendant trois à cinq ans.Les effets secondaires sont moins nombreux et moins dangereux que ceux observés avec le traitement injectable. Seules des démangeaisons sous la langue ou une petite gêne dans la bouche sont parfois observées. Cette méthode est particulièrement bien adaptée aux enfants dès l'âge de cinq ans.

Attention, la désensibilisation sublinguale ne doit pas être confondue avec l'homéopathie, dont la seule similitude est de laisser fondre un produit sous la langue. La désensibilisation sublinguale est un traitement spécifique, préparé pour chaque individu, aussi bien dans sa posologie que dans sa composition des extraits allergéniques, et dont l'efficacité a été prouvée. Cette méthode est de plus recommandée par l'OMS.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 12 Avril 2005 : 02h00
Source : " Le guide des allergies aux pollens ", Dr Pierrick Hordé, éditions Flammarion.
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