Alcoolisme féminin, témoignage : « La honte nous empêche de nous soigner »

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Lundi 16 Janvier 2017 : 15h32
Mis à jour le Jeudi 19 Janvier 2017 : 12h02
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La consommation d’alcool à risque est bien différente chez les femmes que chez les hommes. Plus vulnérables, la société les montre aussi encore du doigt. Gangrénées par la honte, les femmes victimes d’alcoolisme chronique n’osent demander de l’aide. Laurence Cottet, avocate, est revenue de l’enfer de l’alcoolisme et sait que l’abstinence est fragile. Désormais diplômée en addictologie, elle anime un groupe de parole à Valence où elle applique sa méthode (H3D), fondée sur le bon sens.

Alcoolisme : la parole des femmes se libère

Les femmes ne sont pas forcément de plus en plus concernées par l’alcoolisme, mais ce qui est certain c’est que leur parole se libère et, par conséquent, elles se soignent un peu plus précocement qu’il y a 10 ans. Les femmes qui consomment trop d'alcool le font plus en cachette que les hommes, du moins il y a davantage un côté festif de l’alcoolisme au masculin avec plus d'enivrements extrêmes.

Dr Christine Joly, chef du service d’Addictologie et Alcoologie au CH de Valence : « Les femmes boivent plus souvent de manière psychotrope, anxiolytique. C’est pourquoi il faut les questionner avec beaucoup de délicatesse : « Est-ce que l’alcool vous fait du bien, apaise vos angoisses ? ». Cette manière d’amener le sujet va instaurer une confiance et elle se livrera ».

Témoignage : « C’était l’alcool pour ses effets psychotropes »

Laurence Cottet, avocate, est une ex-directrice des risques dans un grand groupe du bâtiment et travaux publics. Elle a connu le cauchemar de l’alcoolisme chronique. Elle est abstinente depuis 7 ans et l’auteure de l’ouvrage « Non ! J'ai arrêté » *. Désormais diplômée en addictologie, elle anime un groupe de parole à la Maison Relais Santé de la ville de Valence.

Elle témoigne : « Je n’ai rien vu venir avec l’alcool : l'environnement professionnel, les ivresses avec les amis, la consommation mondaine avec mon époux que j’ai perdu à l’âge de 35 ans puis, solitaire et honteuse, le "toujours plus"… C’était l’alcool pour ses effets psychotropes. Au final ce fut un coma éthylique suivi d’un licenciement, une dépression, une humeur fluctuante, des tentatives de suicide…. En tant que femme, je me sens très différente en ce qui concerne l’image sociale de l’alcoolisme, extrêmement négative, honteuse. En conséquence, la femme dissimulera sa consommation beaucoup plus vite qu’un homme. Bien plus que lui, elle tardera des années pour se faire soigner et ne le fera qu’une fois la survenue d’un problème somatique (problème de santé physique)… Alors même que j’étais lucide sur la personne alcoolique que j’étais devenue, j’étais gangrenée par la honte et c’est la honte -encore plus parce que je suis une femme- qui m’a empêchée de demander de l’aide, de trouver plus facilement une solution. La société, y compris les hommes alcooliques, juge la femme alcoolique comme une "pochtronne" et une "débauchée". C’est le sens de mon témoignage dans ce livre : je veux casser un tabou, celui de la femme et de l’alcoolisme ».

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Lundi 16 Janvier 2017 : 15h32
Mis à jour le Jeudi 19 Janvier 2017 : 12h02
Source : D’après des entretiens avec le Dr Christine Joly, chef du service d’Addictologie et Alcoologie au CH de Valence et Madame Laurence Cottet, diplômée en addictologie.
*Non ! J'ai arrêté. Trouver un chemin de sortie face à l'alcool avec la méthode H3D
InterEditions EAN : 9782729613785
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