Alcool : le vin est-il moins dangereux pour la santé ?

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Lundi 05 Mars 2018 : 16h00

A en croire certains, le vin ne serait pas à ranger avec les autres alcools. Il serait moins dangereux pour la santé. Voire même bénéfique. Une idée fausse qu'il faut combattre.

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Le vin  est-il vraiment un alcool comme les autres ? Les récentes déclarations de la ministre de la Santé ont relancé un débat qui n'en finit pas. Pourtant, les données scientifiques existantes sont claires sur un point : l'éthanol provoque des dégâts sur l'organisme, quelle qu'en soit la forme.

Interrogée sur France 2, Agnès Buzyn l'affirme sans ambages : "en termes de santé publique, c'est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka, du whisky; il y a zéro différence", a martelé l'hématologue. Fustigeant au passage une stratégie commerciale voulant établir une différence entre ce nectar bien français et les autres boissons alcoolisées.

Mais quelques jours plus tard, un autre son de cloche se fait entendre. A en croire le délégué général de La République en Marche, "il y a de l'alcool  dans le vin, mais c'est un alcool qui n'est pas fort". Pour Christophe Castaner, le vin est une composante phare de l'identité nationale, "pas notre ennemi".

Deuxième cause de mort prématurée

A travers une tribune publiée ce 5 mars dans les colonnes du Figaro Santé, des grands noms de la médecine remettent l'église au milieu du village. "Loin de diaboliser le vin", ces spécialistes le rappellent : "Vu du foie, le vin est bien de l'alcool."

C'est d'ailleurs pour éviter des confusions de ce genre que les "verres standard" ont été créés. N'en déplaise à Christophe Castaner, 10 cl de vin contiennent autant d'alcool que 3.5 cl de spiritueux. A savoir, 10 grammes d'alcool pur.

Contacté par E-Santé, le président de la Fédération Addiction, Jean-Pierre Couteron, le confirme. "Le vin fait partie des boissons alcoolisées, et soulève les mêmes problèmes de santé que les autres alcools." De fait, l'alcool est la deuxième cause de décès prématuré en France.

Comme tout alcool, le vin a donc un effet nocif sur la santé. "Ces risques sont bien connus : certains cancers  (ORL, sein, côlon-rectum, foie, etc), les maladies cardiovasculaires, les cirrhoses mais aussi les violences favorisées par l'ivresse, liste Jean-Pierre Couteron. Le binge drinking agit aussi de manière nocive sur le cerveau."

Sans compter les accidents de la circulation que provoque la conduite en état d'ivresse et les agressions sexuelles qu'il peut favoriser.

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Bon pour le cœur ?

Pourtant, le vin a une réputation plus vertueuse que ses congénères alcoolisés. A leur différence, il serait bon pour le cœur, pour les dents… Cette vision est en fait déformée. Car la plupart des études scientifiques ne portent pas sur le vin lui-même, mais sur ses composants – comme les polyphénols ou le resvératrol.

"On parle d'une molécule dont les effets bénéfiques sont relatifs. Et cela n'empêche pas l'éthanol d'avoir des effets négatifs par ailleurs", souligne Jean-Pierre Couteron. Le président de la Fédération Addiction résume bien l'hypocrisie de cette attitude.

"Si les effets sont si positifs, pourquoi ne pas prendre le resvératrol sans éthanol ?", interroge-t-il. Autrement dit, synthétiser la molécule pour en tirer tous les bienfaits. D'autant que le resvératrol n'est pas l'apanage du vin rouge. On le trouve aussi dans le raisin – sans surprise – mais aussi les mûres ou encore les cacahuètes…

Les déclarations du président Emmanuel Macron, en visite au Salon international de l'agriculture, illustrent bien le malaise. Rappelant que lui-même consomme du vin midi et soir, Emmanuel Macron a emprunté une voie de traverse.

Pas de consommation sûre

"Il y a un fléau de santé publique quand la jeunesse se soûle à vitesse accélérée avec des alcools forts ou de la bière, mais ce n'est pas avec le vin", a-t-il déclaré. En réalité, il n'existe pas de "bon" ou de "mauvais" alcool, pas plus qu'il n'existe de seuil sûr.

"Toute consommation est potentiellement à risque", confirme Jean-Pierre Couteron. Les autorités sanitaires le reconnaissent, malgré l'existence de repères plutôt souples. Il est recommandé de ne pas excéder deux verres par jour, dix par semaine – ce qui signifie des jours d'abstinence.

"Le risque zéro n'existe plus, mais une consommation inférieure à ces seuils limite le risque à un niveau faible", explique le spécialiste des addictions. C'est la fameuse "consommation modérée", longtemps sujette à polémique.

Parvenir à une attitude plus raisonnable, c'est d'ailleurs le cœur du combat des addictologues. Sans diaboliser le vin – et l'alcool plus largement –, la population doit comprendre que ce n'est pas une boisson banale comme aimeraient le faire croire les lobbyistes du secteur.

Mais pour parvenir à cette prise de conscience, il faudra se montrer prudent et s'adapter. "Le vin est associé à une histoire et des utilisations spécifiques", souligne l'addictologue. Il occupe une place à part dans le cœur des Français.e.s, "non parce qu'il est moins nocif mais parce qu'il a une histoire différente, admet-il. Au pays du fromage, on s'imagine mal le déguster avec un verre de soda ou de l'eau."

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