L'aide de l'hypnose dans le traitement de l'obésité, ou comment gérer le "poids du deuil" ?

Publié par Dr Dominique Boute, médecin spécialisé en endocrinologie le Lundi 12 Novembre 2007 : 01h00
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Cette histoire de poids est assez tragique mais illustre bien la souffrance qui se révèle parfois derrière une prise de poids. C'est l'histoire de Mme F... qui vient me consulter pour l'adaptation du traitement de son hypothyroïdie.

Mme F est ménopausée depuis 2 ans. Elle a une hypertension artérielle traitée. Elle a également fait une dépression il y a 8 ans après le décès accidentel de sa fille de 17 ans. Mme F a un problème d'obésité. Avant le décès de sa fille, elle pesait 70 kg pour 1m60. Elle me dit avoir pris 35 kg depuis le décès. Elle a bien essayé de faire de la « soupe aux choux » et ainsi perdu 12 kg mais qu'elle a ensuite reprisElle suit un traitement par hormone thyroïdienne qui semble sans effet sur ses troubles. En l'examinant, je m'aperçois que son poids est en réalité de 118 kg (13 kilos de plus que ce qu'elle pensait). Elle se sent fatiguée, n'a plus de goût à rien, elle est triste et paraît en réelle souffrance alors qu'elle est sous antidépresseur et somnifère. Sur le plan de l'alimentation, elle me dit ne plus vraiment faire attention et avoir une tendance à prendre des repas déstructurés J'adapte son traitement à visée thyroïdienne en lui disant que selon moi, il ne faut pas en attendre des miracles et qu'à mon sens le mal-être est ailleurs Je m'intéresse alors aux émotions qu'elle ressent aujourd'hui. Elle me dit ressentir de l'injustice, de la tristesse et un sentiment de culpabilité. Elle me raconte que sa fille est décédée dans un accident de voiture à 17 ans. Elle était avec son frère et son copain. Son frère a été hospitalisé. Sa fille a été toute seule pour partir Son récit déclenche en elle une forte émotion.

Je lui explique que le travail de deuil n'est pas terminé. On lui a bien dit qu'il fallait penser à autre chose, qu'il fallait oublier « mais je ne peux pas » me dit-elle. Comme on la comprend Je lui explique que le travail de deuil consiste finalement à accepter que la vie après la perte d'un être cher est forcément différente de la vie d'avant. C'est à partir de là que l'on peut commencer à reconstruire. Je lui explique également que la tristesse et le sentiment d'injustice sont normaux. La culpabilité, en revanche, et la forte réaction émotionnelle montrent que le « travail de deuil » n'est pas fait. Je lui propose d'y travailler par l'hypnose pour qu'elle puisse se libérer un peu de toute cette souffrance accumulée. Je la revois pour faire une première séance d'hypnose. Mon objectif au cours de cette séance est d'inciter son corps « à faire ce qu'il a besoin de faire ». L'hypnose nous permet dans ce cas de lever les verrous à l'expression des émotions. Je lui propose de se concentrer sur ses sensations corporelles, elle entre assez facilement en hypnose, ce qui est suivi quasi immédiatement par une forte réaction émotionnelle avec sanglots, que j'encourage. La séance lui permet d'ouvrir un peu la soupape et de libérer la pression. Une fois celle-ci échappée, la séance se termine sur du confort et de l'apaisement. La séance suivante se déroule de la même façon. Au cours de ces deux séances, tous les soucis familiaux, les disputes, le décès de son père, de sa mère, de ses deux frères ressortent avec de fortes réactions émotionnelles.

Elle me dit alors être plus gaie et avoir réussi à se détendre pendant quelques jours de vacances. Elle est retournée dans la région où est survenu l'accident. Nous commençons à travailler en hypnose le deuil de sa fille. Ce travail est maintenant possible car elle n'a plus les réactions émotionnelles importantes qu'elle avait présentées lors des premières séances. Je l'invite à rechercher dans ses souvenirs un moment agréable où elle était avec sa fille, de se concentrer sur ce moment, et d'y « installer » sa fille pour lui exprimer tout ce qu'elle n'a pas pu lui dire. J'ai revu Mme F récemment. Elle me dit se sentir mieux et pour la première fois, et avoir surmonté la date anniversaire du décès de sa fille avec plus de sérénité.Durant toute cette période de 9 mois, elle a mieux structuré son alimentation et a perdu 12 kg. Elle a maintenant davantage de goût pour s'habiller et prendre soin d'elle-même.Le problème de Mme F vient de toutes ces émotions « rentrées » depuis tant d'années : l'intolérable perte d'un enfant, les soucis familiaux les deuils qui nous ramènent à d'autres deuils L'hypnose lui a donné la « permission » d'exprimer sa souffrance, ce qu'elle cherchait à contrôler en permanence. Le travail de deuil ne vise pas à supprimer les émotions ou « à oublier et à passer à autre chose » comme on l'entend parfois. Le travail de deuil, c'est franchir des étapes « normales » qui suivent un décès. Ces différentes étapes ont été parfaitement étudiées en particulier par Michel Hanus : comme la phase de sidération, de tristesse, de colère et d'injustice, de culpabilité et enfin de reconstruction.Chaque individu peut réagir au deuil de façon différente. Il ne s'agit en aucun cas de force ou de faiblesse. Chacun met en place des stratégies pour survivre à un événement douloureux. Chaque phase prend en fonction de l'individu une dimension plus ou moins importante. L'hypnose peut aider à passer ces caps difficiles et faire que la souffrance ait le moins de répercussions possibles sur le corps. * Le Dr Dominique Boute est médecin nutritionniste, responsable du site www.monregimeperso.fr et pratique l'hypnose au Centre hypnose et psychosomatique à Paris (8 Avenue Victor Hugo 75016 Paris). Pour toute information, vous pouvez le retrouver sur son blog : www.corps-et-sante.typepad.fr

Publié par Dr Dominique Boute, médecin spécialisé en endocrinologie le Lundi 12 Novembre 2007 : 01h00
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