Addictions : peut-on être addict à tout ?

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Mardi 31 Mai 2016 : 12h22
Mis à jour le Jeudi 02 Juin 2016 : 14h38
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Quand on pense "addiction", on pense à l’alcool, aux drogues mais aussi de plus en plus souvent au sucre, aux jeux d’argent et vidéo, au sexe, au sport, au travail ou au bronzage... Pensez-vous être addict ? En cas de doute, visitez en ligne le nouveau "village des addictions". Il compile les principaux tests validés et vous met sur la voie. 

Amoureux ou toxicomanes… tous addicts

L’addiction est un plaisir qui a mal tourné : le bien-être ou le soulagement d’un malaise du début se transforme en obsession et s’accompagne d’une perte de contrôle, peu importe les conséquences. Pour poser le terme d’addiction, il faut qu’il y ait des conséquences néfastes, une perte de contrôle, une souffrance et l’impossibilité de stopper l’addiction alors même que la personne le souhaite.

Toutes les addictions font appel aux mêmes mécanismes cérébraux. Il s’agit de ceux impliqués dans la gestion du plaisir et des émotions (les voies dopaminergiques du circuit de la motivation dans la zone du cerveau préfrontale et limbique): alcool, cocaïne etc. opèrent un véritable hold-up des voies de la motivation et nous poussent à assouvir notre plaisir avant tout le reste.

Mais sommes-nous tous des addicts en puissance ?

Pr Michel Reynaud, Département de psychiatrie et d'addictologie de l’hôpital Paul Brousse (Villejuif) : « Nous ne sommes pas égaux vis-à-vis du risque d’addiction. Il existe d’un côté des personnalités à risque, que l’on retrouve dans à peu près toutes les addictions. Ce sont les chercheurs de sensations fortes, ceux qui ont besoin de prendre des risques et qui vont essayer toutes sortes de substances. De l’autre côté, il y a des personnes qui vivent une souffrance personnelle, un malaise, des difficultés dans les relations avec autrui, avec une mauvaise image d’eux-mêmes qui se trouve améliorée par des produits. Ceux-ci les apaisent, leurs permettent de se sentir à l’aise et de répondre aux sollicitations sexuelles et sociales ».

Addiction au travail ou aux drogues, quelles différences ?

Dans les années 2000 sont apparues les addictions alors qu’auparavant on parlait juste d’alcoolisme et de toxicomanie. Or, de nombreux comportements addictifs ont des mécanismes et des moyens d’intervention communs. C’est pourquoi, dans les années 2010, les addictions "sans produits" (comportementales) ont été mieux connues. Très récemment, en plus des addictions aux drogues, au tabac et à l’alcool, la classification internationale des troubles mentaux (DSM V) a intégré officiellement les addictions aux jeux de hasard et d’argent. Mais bien d’autres conduites addictives potentielles existent. Passion amoureuse, pornographie, achats compulsifs, plaisir sexuel… sont aussi des addictions potentielles.

Pr Reynaud : « Il y a addiction "basique" et "conduite addictive" au mécanisme plus complexe. Par exemple, l’addiction au sexe peut se comprendre comme un mécanisme addictif basique (le plaisir devient un besoin) alors que la passion amoureuse fait appel à un contexte, au partenaire, à l’histoire de chacun etc. Malgré tout, le mécanisme profond de l’addiction est similaire. Plus le mécanisme de l’addiction est complexe, plus il faut, pour perdre le contrôle et devenir dépendant, des traits de personnalité particuliers. C’est notamment le cas de ceux qui sont addicts aux jeux vidéo ou à Internet : ce sont souvent des personnes qui ont des difficultés sociales ou relationnelles, pour lesquelles il est plus facile de passer son temps sur des écrans plutôt que dans la vraie vie ».

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Mardi 31 Mai 2016 : 12h22
Mis à jour le Jeudi 02 Juin 2016 : 14h38
Source : D’après un entretien avec le Pr Michel Reynaud, Département de psychiatrie et d'addictologie de l’hôpital Paul Brousse (Villejuif).
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